Au Royaume-Uni, la fin imminente de deux cents ans d’exonérations fiscales pour les fortunes étrangères

par administrateur | Fév 15, 2026 | Fiscalité du foyer | 0 commentaires

au royaume-uni, la suppression prochaine des exonérations fiscales pour les fortunes étrangères marque la fin d'une ère de deux cents ans d'avantages fiscaux, impactant les investisseurs internationaux.

C'est une page qui se tourne avec le bruit sourd d'un carnet de chèques qui se referme brutalement. Londres, longtemps considérée comme le terrain de jeu favori des grandes fortunes mondiales grâce à une fiscalité douce et accueillante, a changé de visage. Depuis la mise en application de la réforme en avril 2025, le Royaume-Uni a sifflé la fin de la récréation pour les résidents "non domiciliés". Ce statut, véritable relique coloniale datant de 1799, permettait aux ultra-riches d'éviter l'imposition sur leurs revenus mondiaux tant que ces derniers ne touchaient pas le sol britannique. Aujourd'hui, en 2026, les effets de cette décision historique se font sentir : valises bouclées, jets privés en surchauffe et agents immobiliers de Mayfair au bord de la crise de nerfs. Le brouillard londonien n'est plus la seule chose qui grise l'humeur des investisseurs étrangers.

En bref

  • Fin d'un privilège séculaire : Le statut de "non-dom", en vigueur depuis plus de deux siècles, a été officiellement supprimé en avril 2025.
  • Nouveau régime FIG : Un système basé sur la résidence (4 ans d'exonération) remplace l'ancien système basé sur le domicile.
  • Exode mesuré mais réel : Des mouvements significatifs de capitaux et de personnes vers des juridictions plus clémentes comme l'Italie, la Suisse ou Dubaï.
  • Impact immobilier : Le marché du luxe londonien subit un ralentissement notable suite au départ d'acheteurs internationaux.
  • Incertitude fiscale : La réforme inclut également des changements majeurs sur les droits de succession, effrayant les dynasties fortunées.

La genèse d'un séisme fiscal : de 1799 à l'ère moderne

Pour comprendre pourquoi les tasses de thé tremblent dans les clubs privés de Londres, il faut remonter le temps. Le statut de non-domiciled (ou "non-dom" pour les intimes) n'a pas été inventé pour les oligarques russes ou les magnats de la tech américaine, mais pour les colons britanniques de la fin du XVIIIe siècle. L'idée était simple : permettre à ceux qui possédaient des plantations de sucre ou de tabac à l'autre bout du monde de ne pas être taxés sur cet argent tant qu'il restait "là-bas". C'était une époque où l'on voyageait en bateau à voile et où l'évasion fiscale était presque un acte patriotique pour préserver l'empire.

Avance rapide jusqu'au XXIe siècle. Ce qui était une mesure pour les planteurs est devenu, au fil des décennies, un fromage fiscal aux trous bien pratiques pour l'élite mondiale. Jusqu'en 2025, vous pouviez vivre à Londres, profiter de ses écoles, de sa sécurité et de ses restaurants étoilés, tout en gardant votre fortune bien au chaud dans un paradis fiscal, légalement hors de portée du fisc de Sa Majesté. C'était le "beurre et l'argent du beurre", avec une résidence à Kensington en prime. Mais sous la pression politique croissante et un besoin criant de remplir les caisses de l'État, le gouvernement a décidé que deux siècles d'exonération, c'était peut-être un peu long.

La mécanique était bien huilée : tant que l'argent gagné à l'étranger n'était pas "rapatrié" au Royaume-Uni, il restait invisible pour le Trésor britannique. C'était la fin d'un avantage fiscal au Royaume-Uni que beaucoup pensaient éternel. Cependant, l'opinion publique et les travaillistes ont fini par avoir raison de cette anomalie historique. En mars 2024, l'annonce est tombée comme un couperet, confirmant que le régime vivait ses dernières heures, pour être finalement enterré en avril 2025.

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L'annonce qui a fait trembler la City : chronique d'une mort annoncée

L'annonce de la suppression du statut n'a pas été une surprise totale, mais sa brutalité a choqué. Jeremy Hunt, alors Chancelier de l'Échiquier, avait préparé le terrain en annonçant la suspension du régime. Mais c'est la mise en œuvre concrète qui a provoqué des sueurs froides. Le principe est désormais clair : si vous vivez au Royaume-Uni, vous payez des impôts au Royaume-Uni. Révolutionnaire, n'est-ce pas ? Pour le commun des mortels, c'est une évidence ; pour un "non-dom", c'est une hérésie.

Le gouvernement a tenté de dorer la pilule en introduisant le régime FIG (Foreign Income and Gains). Ce nouveau système offre une exonération totale sur les revenus et gains étrangers, mais seulement pour les quatre premières années de résidence. Après cela ? C'est le régime général. Fini le temps où l'on pouvait passer quinze ans à Londres sans que le fisc ne jette un œil sur vos comptes aux Caïmans. C'est un changement de paradigme qui transforme le Royaume-Uni d'un paradis fiscal partiel en un pays à fiscalité "normale" pour les résidents de longue durée.

Cette transition a forcé les conseillers fiscaux à faire des heures supplémentaires. Anthony Whatling, du cabinet Alvarez & Marsal, racontait déjà avant la réforme qu'un banquier avait vu six de ses clients plier bagage en quelques mois. L'ambiance dans les cabinets de gestion de patrimoine est passée de "optimisation sereine" à "gestion de crise aiguë". Ce n'est plus de l'ingénierie fiscale, c'est de l'évacuation d'urgence.

Partir ou payer : le dilemme des ultra-riches

La question qui brûle toutes les lèvres depuis un an est : est-ce vraiment l'exode massif que l'on craignait ? La réponse est nuancée, mais les chiffres ne mentent pas. On assiste bel et bien à un exode des ultra-riches qui refusent de se soumettre à l'impôt mondial britannique. Ce n'est pas tant le montant de l'impôt qui gêne, mais le principe même d'être taxé sur des revenus générés ailleurs, souvent déjà taxés (ou non) à la source.

Marilyn McKeever, avocate chez BDB Pitmans, notait dès 2024 que des Américains rentraient chez eux et que d'autres préparaient leurs valises pour le Portugal. En 2026, cette tendance s'est confirmée. Ce n'est pas une fuite désordonnée, mais un départ calculé. Les "non-doms" sont des gens mobiles. Ils ont des maisons partout, des passeports multiples et une aversion profonde pour l'instabilité fiscale. Quand Londres change les règles du jeu en cours de partie, ils prennent simplement leurs jetons pour aller jouer à une autre table.

Vanesha Kistoo, spécialiste des clients français chez Blick Rothenberg, estimait qu'environ 20 % de sa clientèle envisageait sérieusement le départ. Aujourd'hui, on constate que ceux qui pouvaient partir facilement l'ont fait. Les autres, retenus par des liens familiaux ou professionnels, serrent les dents et sortent le chéquier. Mais le message envoyé aux investisseurs internationaux est clair : la stabilité fiscale britannique est un mythe du passé.

Où vont les milliards ? La carte des nouvelles terres promises

Si Londres n'est plus "the place to be" pour l'optimisation fiscale, où vont ces fortunes nomades ? La concurrence fiscale entre les états européens et mondiaux est féroce. L'Italie, avec sa "flat tax" pour les nouveaux résidents, a déroulé le tapis rouge (et le chianti). La Suisse reste une valeur sûre avec son forfait fiscal, bien que coûteux, il offre une prévisibilité que Londres a perdue. Et bien sûr, Dubaï et Monaco continuent d'attirer ceux pour qui le soleil et l'absence d'impôt sur le revenu sont des critères non négociables.

Destination Avantage Fiscal Principal Attrait "Lifestyle"
Italie Impôt forfaitaire annuel (environ 100k€) sur les revenus étrangers. Dolce Vita, art, gastronomie, climat méditerranéen.
Suisse Forfait fiscal basé sur les dépenses (Lump-sum taxation). Sécurité, stabilité politique, ski, discrétion bancaire.
Dubaï 0% d'impôt sur le revenu personnel. Luxe moderne, sécurité absolue, hub international.
Portugal Régime RNH (bien que durci, reste attractif sous conditions). Coût de la vie, climat, sécurité, golf.

Chaque départ est une perte économique pour le Royaume-Uni, et pas seulement en termes d'impôts directs. Ces résidents consomment, emploient du personnel, achètent de l'art et de l'immobilier. En supprimant deux siècles d'exemption fiscale, le gouvernement a peut-être gagné en "justice sociale" apparente, mais il risque de perdre en dynamisme économique local. C'est l'effet boomerang classique : à vouloir trop tondre le mouton, on finit par le faire fuir chez le voisin.

Droits de succession : l'autre bombe à retardement

Si l'impôt sur le revenu est douloureux, l'impôt sur les successions (Inheritance Tax - IHT) est mortel pour les patrimoines. C'est souvent le véritable déclencheur des départs. La réforme ne s'est pas contentée de toucher aux revenus ; elle a aussi visé la transmission. Auparavant, les actifs étrangers des "non-doms" étaient protégés de l'impôt sur les successions britannique (40 %). Désormais, après 10 ans de résidence, c'est l'ensemble du patrimoine mondial qui tombe dans l'assiette de l'IHT.

Imaginez un riche entrepreneur indien vivant à Londres depuis 12 ans. S'il décède, 40 % de ses usines en Inde, de ses comptes à Singapour et de ses biens aux USA pourraient être réclamés par le fisc britannique. C'est une perspective inacceptable pour beaucoup. En comparaison, les réformes sur les droits de succession dans d'autres pays européens semblent parfois plus douces, ou du moins plus faciles à planifier grâce à des conventions fiscales claires.

C'est ce volet de la réforme qui a transformé l'inquiétude en panique. Payer un peu plus d'impôt sur le revenu chaque année est une chose ; risquer de perdre près de la moitié de son empire familial à son décès en est une autre. Les trusts offshore, autrefois boucliers impénétrables, ont perdu de leur superbe protection fiscale, obligeant les familles à repenser intégralement leur stratégie successorale.

La comparaison française : fantasmes et réalités

De l'autre côté de la Manche, la France observe avec attention. Le débat sur la taxation des riches est un sport national dans l'Hexagone. On se souvient des comparaisons faites par certains ministres entre les réformes britanniques et les projets de "taxe Zucman". La rhétorique était simple : "Regardez, si on taxe trop, ils partent". Et pour une fois, l'exemple britannique semble donner raison aux prudents.

Cependant, il faut rester mesuré. Si la fin du régime fiscal du non-dom est actée, l'ampleur exacte des départs reste difficile à chiffrer précisément faute de recul suffisant sur le long terme. Comme le soulignait Amélie de Montchalin en citant des chiffres parfois contestés, il est complexe de distinguer le bluff de la réalité avant que les déclarations fiscales ne soient traitées. Néanmoins, la psychologie des marchés est là : le Royaume-Uni a perdu son aura d'exception.

En France, les discussions sur le budget 2026 et les droits de succession s'inspirent forcément de ce laboratoire grandeur nature qu'est devenu Londres. Si même la capitale financière de l'Europe ne peut pas retenir ses milliardaires face à une hausse d'impôts, qui le peut ? C'est une leçon d'humilité pour les gouvernements qui pensent que les riches sont des actifs captifs.

Le régime FIG : un lot de consolation insuffisant ?

Pour éviter l'hémorragie totale, le gouvernement a mis en place le régime FIG (Foreign Income and Gains). Concrètement, les nouveaux arrivants ne paient aucun impôt sur leurs revenus étrangers pendant quatre ans. C'est généreux, certes, mais c'est court. Très court. Quatre ans, c'est le temps de s'installer, de trouver une école pour les enfants, et hop, il faut déjà penser à repartir ou à passer à la caisse.

L'ancien régime permettait une planification sur 15 ans, une durée qui correspond à une vie, à l'éducation d'une génération. Le régime de 4 ans attire une population différente : des cadres mobiles, des stars du sport, des entrepreneurs en mission commando. Ce n'est plus un régime pour s'ancrer et bâtir un empire depuis Londres. C'est un régime de passage.

Ce changement structurel modifie la typologie de la richesse à Londres. On passe de vieilles fortunes établies à une richesse plus volatile, plus transactionnelle. Le Royaume-Uni parie sur son attractivité intrinsèque (culture, langue, business) pour retenir ces gens après les 4 ans. C'est un pari risqué en 2026, alors que la concurrence mondiale pour attirer les talents et les capitaux n'a jamais été aussi forte.

Quelles conséquences pour l'immobilier de luxe ?

Le marché immobilier londonien, en particulier dans les quartiers dorés comme Mayfair, Knightsbridge ou Belgravia, a pris un coup de froid. Les agents immobiliers, habitués à vendre des biens à 20 millions de livres comme des petits pains, font grise mine. L'acheteur type, souvent un "non-dom", est maintenant en position d'attente ou de vente.

On observe une augmentation des mises en vente de propriétés de grand luxe, créant une pression à la baisse sur les prix. C'est une bonne nouvelle pour l'acheteur local fortuné (s'il en reste), mais une mauvaise nouvelle pour l'économie du luxe londonienne. Les droits de mutation (Stamp Duty) générés par ces transactions colossales finançaient une partie non négligeable du budget. Moins de transactions, moins de recettes.

De plus, l'incertitude législative a un coût. Les investisseurs détestent ne pas savoir à quelle sauce ils seront mangés. En changeant une règle vieille de 200 ans, le gouvernement britannique a brisé la confiance. Et en matière d'investissement immobilier, la confiance est la pierre angulaire de tout édifice. Londres restera Londres, mais elle a perdu un peu de son éclat doré pour devenir une métropole "comme les autres", fiscalement parlant.

Qu'est-ce que le statut non-dom au Royaume-Uni ?

Le statut de 'non-domiciled' permettait aux résidents du Royaume-Uni dont le domicile permanent était à l'étranger de ne pas payer d'impôts sur leurs revenus générés hors du Royaume-Uni, tant que cet argent n'était pas rapatrié dans le pays.

Quand le statut non-dom a-t-il été supprimé ?

La suppression a pris effet en avril 2025, remplaçant l'ancien système par un nouveau régime basé sur la résidence pour une durée limitée de 4 ans.

Qu'est-ce que le régime FIG ?

Le régime FIG (Foreign Income and Gains) est le nouveau système qui exonère les nouveaux arrivants d'impôts sur leurs revenus étrangers pendant leurs quatre premières années de résidence fiscale au Royaume-Uni.

Pourquoi les riches quittent-ils le Royaume-Uni en 2026 ?

La fin des avantages fiscaux et l'assujettissement des revenus mondiaux et du patrimoine (droits de succession) à l'impôt britannique poussent de nombreuses grandes fortunes à s'installer dans des pays à la fiscalité plus clémente comme l'Italie ou la Suisse.

Est-ce que tous les étrangers sont concernés ?

Oui, à terme. Après 4 ans de résidence, tous les résidents fiscaux, quelle que soit leur origine ou leur domicile, sont désormais soumis au même régime d'imposition sur leurs revenus mondiaux.

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Écrit par Jean Dupont, expert en fiscalité avec plus de 15 ans d'expérience dans le conseil financier. Jean est reconnu pour sa pédagogie et sa capacité à simplifier des concepts complexes pour le grand public.

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